Internet au travail : faut-il sanctionner ou encourager ?
L'AFP vient de publier un article consacré à un jugement du Conseil de Prud'hommes d'Angers, rendu en juin 2008, lequel avalise le licenciement d'une salariée au motif que celle-ci a, pendant deux mois, envoyé quotidiennement quatre emails dans le cadre d'une correspondance privée - consécutivement au décès de son compagnon. L'employeur qui se défend d'avoir pris connaissance du contenu de ces emails a néanmoins « estimé » que leur rédaction représentait « une heure de travail négligée ». L'estimation vaut ce qu'elle vaut, reste qu'elle a convaincu la justice qui a retenu le motif réel et sérieux à l'appui du licenciement. Tout du moins en première instance.
Si d'aventure ce jugement était confirmé en appel puis en cassation, n'y aurait-il pas un risque de dérive ? Dans le cas présent, on ignore si ce licenciement est vraiment fondé. En effet, la salariée a peut-être passé une heure par jour à rédiger une longue prose, comme elle a pu tout aussi bien copier-coller le contenu de pages web et l'envoyer par email. A l'heure du web social, les dérives potentielles seraient donc nombreuses si on s'appuie seulement sur des estimations. Licenciement pour mise à jour de profil Facebook, licenciement pour tweets récurrents, licenciement pour votes sur les digg like... ce serait la porte ouverte à sanctionner des centaines de milliers de salariés. Et à diaboliser l'Internet social.
Plus largement et surtout, ce jugement n'est-il pas révélateur de la perception qu'ont les entreprises - françaises - d'Internet ? Nombre d'entre-elles continuent de percevoir le web comme un espace récréatif, grand consommateur de productivité pour leurs salariés. Or, n'est-ce pas tout le contraire ? Les salariés n'ont-ils pas vocation à se former, à augmenter leurs compétences et à contribuer à l'image et au développement de l'entreprise sur Internet ? N'y a t'il pas plus à gagner avec le web 2.0 pour les entreprises qu'à y perdre ?
Ceci dit, il existe bien évidemment des motifs valables de se séparer d'un salarié qui utiliserait Internet à mauvais escient. De récents exemples aux Etats-Unis ont montré que des propos diffamatoires tenus par les salariés via Twitter ou Facebook à l'égard de leur employeur et de ses clients étaient propres à justifier un licenciement. Ces exemples témoignent de l'enjeu crucial de soigner sa communication au travers des réseaux sociaux. Or pour ce faire, il faut bien que les salariés y participent.
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